Historique

Sur les hauteurs de Duclair, la Cour du Mont surplombe la vallée de Seine. Au loin, à l’est, on aperçoit l’abbaye Saint Georges de Boscherville. À l’ouest, l’abbaye de Jumièges est cachée par les forêts normandes. Le site est stratégique ! Il est probable que, pendant l’antiquité, des hommes s’y étaient déjà installés. La découverte d’un morceau de meule en poudingue d’origine gallo-romaine témoigne de cette présence.

Au Moyen Âge, la Cour du Mont était le siège de la baronnie de Duclair, dépendante des moines de la célèbre et puissante abbaye de Jumièges dont le rayonnement dépassait largement les frontières du monastère. Au même titre qu’un seigneur féodal ordinaire, l’abbaye possédait de nombreux domaines comme la Cour du Mont, chargée d’assurer une partie de l’approvisionnement agricole des religieux de Jumièges.

Au début du XIIe siècle, vers 1181-1190, la Cour du Mont est désignée par le terme de « grange » mais elle va se développer petit à petit et à partir du XIVe siècle, vers 1338, les habitants de la région pouvaient parler du « Manoir ou Grange du Mont de Duclair ».  À Jumièges, le moine cellérier gérait la nourriture et l’approvisionnement des autres moines. Mais bien souvent, le frère cellérier déléguait l’exploitation du domaine agricole à un paysan ou à un métayer. Ainsi, à la Cour du Mont, la gestion du site fut confiée à des fermiers logés dans le manoir. La porterie donnait  accès à la grande cour par un passage le traversant.

Une partie des fermiers de la Cour du Mont est connue. Parmi les fermiers, on trouve Louis Deconihoult entre 1659 et 1668, Pierre Ponty entre 1704 et 1713, Jean Bertault entre 1728 et 1734 ou Marthe-Bonne Ridel en 1788 et 1789. Des noms de famille qui sont encore courants dans le canton !

Détail du terrier dit « de la terre de Duclair » datant de 1685

La Cour du Mont s’est surtout développée à partir du XIVe siècle. Au XIIe siècle, il n’y avait qu’une grange ayant pour principale fonction le stockage de seigle, d’orge, d’avoine, de froment, de vin, de cervoise ou d’animaux domestiques. On construisit ensuite plusieurs bâtiments. On pense qu’entre dix et quinze bâtiments, résidentiels ou agricoles, ont pu être construits sur un domaine de près de cinquante hectares ! L’ensemble était clos par des murs de bauge, un mélange d’argile et de petits cailloux. Les terres labourables étaient destinées à la culture. Les étables, les bergeries et le colombier étaient destinés à l’élevage. Les granges et les celliers servaient au stockage de l’ensemble de la production.

Les archives du XVIIe siècle donnent une description des lieux assez précise. Il existait une porterie avec un grenier, une chapelle, une grange à blé, une grange pour l’avoine, un colombier, un four, un pressoir, un poulailler, une maison pour le fermier, une charreterie, des écuries, des étables, une bergerie, une porcherie et des remises !

De cet ensemble, il nous reste encore la grange à pans-de-bois,  une étable, la porterie et la chapelle Sainte-Austreberthe. Seuls, les deux derniers bâtiments sont la propriété de la MJC de Duclair.

Avec la Révolution française, le domaine est vendu en bien national à un rouennais du nom de Jean Darcel. La ferme des Monts subit alors de nombreuses réparations et modifications tout au long du XIXe siècle.  Le passage charretier de la porterie a par exemple été comblé et on y a installé une fenêtre construite avec des pierres de remploi. La porte du cellier a été comblée également mais avec un mortier de chaux et de sable fin. Quant à la chapelle, elle a été transformée en fournil ! Elle a été réaménagée. On y a reconstruit des portes et des fenêtres. Une des deux cuvettes d’un lavabo à double piscine a été comblé. Ce lavabo, élément le plus ancien du bâtiment, a été daté aux alentours du XIIIe siècle grâce aux traces d’outils sur les pierres et aux traces de polychromie. Un décor de petites fleurs aux pétales rouges a en effet été retrouvé !

Après les transformations du XIXe siècle, les deux bâtiments finirent par être laissés à l’abandon. La végétation avait recouvert progressivement la porterie ainsi que la chapelleLe Manoir, bâti à la fin du XIVe siècle à Duclair puis déplacé à la Cour du Mont près d’un siècle plus tard, disparut en 1981. Le Manoir avait un rez-de-chaussée, une salle avec des carreaux en terre cuite et deux petites croisées à panneaux en menuiseries et vitres, une cuisine avec une cheminée à carreaux et tuiles, deux celliers, une tourelle d’escalier. À l’étage, on trouvait une galerie, quatre pièces, des cabinets, une chambre et un grenier. Il s’agissait donc d’une très belle construction avec une claire-voie à l’étage donnant sur la cour avant l’incendie qui le ravagea. Depuis lors, il ne reste plus que la chapelle Sainte Austreberthe et la porterie

Le 18 mars 2008, la MJC de Duclair est devenue propriétaire des lieux, grâce au don de M. Gaston Lefebvre, ancien propriétaire. Les premiers travaux de rénovation ont été effectués peu après.

Pour en savoir plus, voici une bibliographie portant sur l’histoire de ce site patrimonial :

Francis Aubert, Patrick Sorel et Gérard Devaux, Duclair, un regard sur le passé, 2011, Le Pucheux, 207 p

Jacques Tanguy et Thomas Boivin, Rouen insolite et secrett. 2, 2011, 128 p